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jeudi 9 mai 2019

Nino dans la nuit / Capucine et Simon Johannin. Editions Allia, 2018


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Nino Paradis est jeune, il vit en banlieue parisienne dans un logement insalubre et se débrouille comme il peut pour trouver de quoi manger dans les poubelles du supermarché du coin, travailler à la journée comme main d'oeuvre non qualifiée et oublier les galères en prenant toutes les drogues qui circulent dans les soirées. Sa parenthèse enchantée, c'est Lale, son amour, sa moitié qui partage sa vie désormais. 

Voilà le roman qui me réconcilie avec la littérature française. Une étincelle dans le paysage littéraire actuel.

Tout tient dans la réinvention de l'écriture qui apporte une fraîcheur longtemps attendue. Les mots se modulent pour prendre le rythme de la narration qui adhère parfaitement au quotidien de Nino, les mots se consument à l'image de ses soirées enfumées. Et si les mots sont crus et le propos désenchanté, c'est pour mieux servir une force qui transcende le tout: l'amour, discret et puissant à la fois.

C'est certainement l'écriture à quatre mains qui produit cet effet inattendu et apporte au récit un souffle impressionnant. Ou alors c'est ce jeune couple écrivain qui mêle deux voix, deux visions différentes de leur jeunesse estampillée "à la marge" par la société. Ou serait-ce leur amour qui transforme cette histoire en échapper belle? 


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jeudi 1 septembre 2011

La carte et le territoire ~ Michel Houellebecq. Flammarion. Prix goncourt 2010



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Les romans de Michel Houellebecq ont toujours essuyé une critique acerbe. Il y a ceux qui aiment son écriture et les sujets contemporains qu'elle aborde, il y a ceux qui ne supportent pas le personnage et la société décadente qu'il décrit dans ses livres. Quoi qu'il en soit, il ne laisse personne indifférent.

Pour ma part, j'ai toujours apprécié Michel Houllebecq. Son dernier roman, qui remporte enfin un prix bien mérité, ne ressemble pourtant pas vraiment aux précédents. Voilà notre auteur beaucoup plus sage et conforme à la norme, mais toujours fidèle à la description d'un personnage désabusé, indifférent à la réalité et aux pressions sociales. 

D'un bout à l'autre de ce roman, j'ai apprécié le décalage permanent entre le personnage et sa propre existence, cette vacuité à travers laquelle on peut se forger une personnalité quoi qu'il en coûte. La maîtrise subtile de l'ironie et de l'humour grinçant m'ont fait sourire pendant toute ma lecture. L'atmosphère moins acide qui règne sur ces pages en ont fait un roman apprécié par le plus grand nombre et c'est tant mieux. Mais je regrette quand même un peu la crudité de son écriture habituelle.

Prix Goncourt oblige, ce titre a fait l'objet d'analyses et de critiques nombreuses, à découvrir!



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dimanche 28 novembre 2010

Ouragan ~ Laurent Gaudé. Actes Sud

"La mort du roi Tsongor"  m'a marquée, "Sous le soleil de Scorta" m'a charmée et depuis j'ai un peu délaissé ce cher Laurent Gaudé... alors me voilà pardonnée!

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En 2005, l'ouragan Katrina dévaste la Nouvelle Orléans. Les victimes sont nombreuses et la mauvaise gestion de la catastrophe retentissante. On s'en souvient tous. Laurent Gaudé choisit cet évènement comme toile de fond à son dernier roman. 

Tour de force de l'auteur, les personnages évoluent au coeur même de la tempête, en un ralenti terrible  au cours duquel la vie normale s'efface sous l'effet de la menace de l'eau. Le décor est planté, les différentes voix se font entendre dans une temporalité réduite: des prémisses du cataclysme, au présage de la fin et à la lente montée des eaux, les récits s'imbriquent et montent en puissance vers la tragédie. 

Une dizaine de personnages sont mis en avant à travers un récit tricoté de mailles de vies fines et bouleversantes. L'humanité de chacun se révèle sauvage, violente et complètement désespérée. La nature déchaînée et le décor de fin du monde poussent les âmes dans leurs retranchements, jusqu'à leurs dernières confessions.

Tout fonctionne: de la construction du récit jusqu'à l'écriture incantatoire si reconnaissable chez Laurent Gaudé. La tension est à son comble et le lecteur est lui aussi dans la barque qui rôde sur les eaux qui traînent les alligators... 

Je regrette pourtant le choix du décor de ce roman: Katrina est pour moi tellement proche et ancrée dans notre réalité bouleversée que j'ai eu du mal à m'abandonner à cette histoire. Du coup, elle perd de mon point de vue sa dimension universelle par un manque de recul. Un petit bémol donc qui confirme la suprématie de "La mort du roi Tsongor" dans mon petit coeur.


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